Fin franchise 150 euros import : ce qui change vraiment sur vos achats hors UE

La franchise de droits de douane sous 150 euros disparaît au profit d'un droit forfaitaire de 3 euros par ligne d'article. Le dispositif est daté, borné dans le temps et lourd de conséquences pour le e-commerce.

Pendant des années, un colis d'une valeur inférieure ou égale à 150 euros entrait dans l'Union européenne sans droit de douane. La taxe sur la valeur ajoutée restait due, mais la franchise tarifaire créait un avantage structurel pour les plateformes expédiant directement depuis un pays tiers.

Ce régime prend fin. Le règlement (UE) 2026/382 du Conseil, adopté le 11 février 2026, supprime cette franchise pour les ventes à distance de biens importés et la remplace par un droit de douane forfaitaire de 3 euros. Les mesures s'appliquent à compter du 1er juillet 2026, et jusqu'au 1er juillet 2028, date à laquelle la réforme de l'union douanière prendra le relais.

Ce que dit précisément le nouveau régime

Le droit forfaitaire de 3 euros vise les ventes à distance de biens importés dont la valeur intrinsèque est inférieure ou égale à 150 euros. Il s'applique par ligne d'article de la déclaration, et non par colis : les unités partageant la même nomenclature forment une ligne.

Autrement dit, un envoi contenant trois produits relevant de trois codes différents supporte trois fois le droit forfaitaire. Un envoi contenant dix exemplaires du même produit n'en supporte qu'un. Cette mécanique change complètement l'économie d'un panier composite.

Le droit n'est pas remboursable, sauf dans les cas prévus par l'article 116 du code des douanes de l'Union. Il ne s'agit donc pas d'une avance récupérable, mais d'un coût sec par ligne déclarée.

Qui en est redevable

La désignation du redevable suit une approche hiérarchique du déclarant. Le premier à considérer est le titulaire du guichet unique d'importation, ou son représentant indirect, dont l'intervention est obligatoire lorsqu'il est disponible.

En l'absence de guichet unique, c'est la personne qui sollicite le régime simplifié, ou son représentant indirect. Et à défaut des deux, le représentant indirect de l'importateur.

Une précision compte pour les vendeurs professionnels : le dispositif vise les ventes entre un consommateur et un vendeur, donc l'importateur doit toujours être un particulier. La personne renseignée comme représentant ou déclarant ne peut pas être identique à celle désignée comme importateur.

Les flux concernés et ceux qui ne le sont pas

Le périmètre se lit à travers les systèmes de dédouanement utilisés. L'ensemble des flux traités dans le système simplifié dédié aux envois de faible valeur y est soumis, quel que soit le régime de taxe retenu, qu'il s'agisse du guichet unique, du régime simplifié ou du régime standard.

Quatre catégories restent hors du champ. Les envois de particulier à particulier d'une valeur inférieure ou égale à 45 euros. Les flux entre la métropole et les départements et régions d'outre mer. Les flux entre professionnels, qui doivent désormais être dédouanés dans le système d'importation général afin de se voir appliquer le tarif extérieur commun. Et les envois dont la valeur intrinsèque dépasse 150 euros, qui relèvent du droit commun.

Les changements déclaratifs à anticiper

  • Les flux entre professionnels ne peuvent plus être dédouanés dans le système des envois de faible valeur à compter du 1er juillet 2026.
  • Le numéro de crédit devient une donnée obligatoire dans ce système à la même date, quel que soit le régime de taxe sollicité.
  • Un identifiant produit, facultatif dans un premier temps, devient obligatoire au 1er novembre 2026, avec plusieurs codes documents selon qu'il est fourni par le vendeur, le fabricant ou qu'il n'existe pas sous forme normalisée.
  • Les flux destinés à bénéficier d'un accord préférentiel doivent passer par le système d'importation général, le taux préférentiel étant exclu du guichet unique.

Pourquoi la Commission a fait ce choix

L'argument mis en avant est l'équité entre modèles économiques. Une boutique européenne achetant en gros, dédouanant en une fois et revendant sur le marché intérieur supportait les droits sur l'intégralité de son approvisionnement. Une plateforme expédiant à l'unité depuis un pays tiers ne les supportait pas, pour peu que chaque envoi reste sous le seuil.

Le déséquilibre s'est accentué avec la croissance du commerce direct au consommateur, portée par des volumes d'envois unitaires considérables. Le droit forfaitaire vise à réduire cet écart sans imposer, dès maintenant, le calcul complet du tarif extérieur commun sur des dizaines de millions de petits envois.

Le caractère transitoire est explicite. Au 1er juillet 2028, quand la réforme de l'union douanière et son entrepôt de données seront pleinement opérationnels, ces flux basculeront vers le tarif extérieur commun de droit commun. Le forfait de 3 euros est donc une étape, pas un régime durable. Le portail de la douane détaille le périmètre déclaratif et les codes documents à renseigner.

Ce que cela change pour un acheteur professionnel

Une entreprise qui s'approvisionnait via des plateformes grand public, en fractionnant ses commandes sous le seuil, perd cet arbitrage. Non seulement le droit forfaitaire s'applique, mais surtout les flux entre professionnels sortent du système simplifié et se voient appliquer le tarif normal.

Le calcul redevient donc classique : classement, origine, valeur en douane, taux. Sur des produits à droit faible, la différence reste modeste. Sur des produits à droit élevé, ou visés par une mesure de défense commerciale, elle peut être décisive.

L'arbitrage à refaire est celui du groupage. Consolider les commandes en un envoi unique dédouané normalement redevient souvent plus économique que de multiplier les petits envois, à la fois pour les droits et pour les frais de dossier.

Ce que cela change pour un vendeur en ligne

Un vendeur qui expédie directement vers des consommateurs européens doit revoir trois choses. Sa structure de prix, puisqu'un coût par ligne d'article s'ajoute mécaniquement. Sa politique de composition des envois, puisque le forfait se compte par nomenclature. Et sa chaîne de données, puisque l'identifiant produit devient obligatoire à l'automne 2026.

Ce dernier point est le plus structurant. Il suppose de récupérer, auprès des fournisseurs et des fabricants, un identifiant produit qui n'existe pas toujours, et de le transmettre au déclarant. Un catalogue de plusieurs milliers de références ne se met pas à jour en quelques jours.

Le calendrier à retenir

Trois dates commandent la préparation. Le 1er juillet 2026, entrée en application du droit forfaitaire, sortie des flux professionnels du système simplifié et obligation du numéro de crédit. Le 1er novembre 2026, obligation de l'identifiant produit. Le 1er juillet 2028, bascule vers le tarif extérieur commun et fin du régime transitoire.

Une entreprise qui importe régulièrement sous le seuil a donc une fenêtre courte pour recalculer ses prix de revient et réorganiser ses flux.

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