Risque de change couverture : les options les plus utiles selon votre volume

Facturer en devise étrangère expose la marge à une variation que personne ne maîtrise. Les instruments de couverture existent à tous les niveaux de volume, encore faut il savoir ce que l'on couvre.

Une commande négociée en devise étrangère fixe un prix, pas un montant en euros. Entre la signature et le règlement, plusieurs semaines s'écoulent, et le cours bouge. Sur une marge de quinze pour cent, une variation de cinq pour cent du change absorbe un tiers du résultat.

La plupart des entreprises découvrent cette exposition en constatant un écart entre le coût prévu et le coût comptabilisé. L'écart n'est ni une erreur ni une fatalité : c'est un risque identifiable, mesurable et couvrable, à condition de le regarder au bon endroit.

Ce que vous couvrez exactement

Avant de choisir un instrument, il faut définir la position à couvrir. Ce n'est pas le chiffre d'affaires en devise, c'est le flux net attendu à une date donnée.

Une entreprise qui achète en dollars et vend en dollars est naturellement couverte à hauteur du recouvrement entre les deux flux. Seul le solde est exposé. Ce compensation naturelle, souvent ignorée, est la couverture la moins chère qui existe.

Il faut ensuite distinguer trois horizons. L'exposition certaine, correspondant à des commandes fermes avec date de règlement connue. L'exposition probable, correspondant à un budget d'achats récurrents. Et l'exposition de bilan, qui concerne les créances et dettes déjà comptabilisées.

Ces trois horizons ne se couvrent pas avec les mêmes outils, et les confondre conduit à surcouvrir, ce qui transforme la couverture en spéculation.

Le change à terme, l'outil de base

Le contrat à terme fixe aujourd'hui le cours auquel une devise sera achetée ou vendue à une date future. Il supprime totalement l'incertitude sur le montant en euros.

Sa contrepartie est la symétrie. Si le cours évolue favorablement, l'entreprise ne profite de rien : elle a vendu son incertitude, dans les deux sens. C'est exactement l'objet d'une couverture, mais il faut l'assumer, car un dirigeant qui constate qu'il aurait gagné à ne rien faire remet souvent l'outil en cause.

Le cours à terme n'est pas une prévision. Il se déduit du cours au comptant et de l'écart de taux d'intérêt entre les deux devises. Un terme plus favorable que le comptant ne signale donc aucune anticipation de marché, seulement un différentiel de taux.

L'accessibilité est bonne : le change à terme est proposé à des entreprises de taille modeste, à partir de montants unitaires réduits.

L'option de change, pour garder l'asymétrie

Une option donne le droit, non l'obligation, d'échanger à un cours convenu. L'entreprise se protège d'une évolution défavorable tout en profitant d'une évolution favorable.

Ce confort a un prix, la prime, payée quelle que soit l'issue. C'est une assurance au sens strict, avec un coût immédiat et certain.

L'option prend tout son sens lorsque l'exposition est incertaine. Une réponse à un appel d'offres en devise, dont l'issue est inconnue, illustre bien le cas : un contrat à terme obligerait à livrer une devise que l'on n'aura peut être pas.

Le coût de la prime rend l'instrument moins pertinent sur des flux réguliers et certains, où le terme fait le même travail sans décaissement initial.

Les solutions accessibles aux petits volumes

En dessous d'un certain seuil, les instruments financiers deviennent disproportionnés. Trois leviers restent efficaces.

  • Facturer et acheter dans la même devise, pour créer une compensation naturelle.
  • Négocier une clause d'ajustement de prix au delà d'un seuil de variation du cours, ce qui partage le risque avec le partenaire commercial.
  • Détenir un compte en devise et laisser les flux se compenser, en n'arbitrant que le solde résiduel.

Le compte en devise est particulièrement sous utilisé. Il évite les allers retours de conversion, chacun supportant une marge bancaire, et il permet de choisir le moment de la conversion plutôt que de la subir à chaque opération.

Ce que coûte réellement une conversion

La marge appliquée sur le cours est rarement affichée. Elle s'observe en comparant le cours obtenu au cours de référence du marché au même instant.

Sur des montants modestes, cette marge dépasse fréquemment un pour cent, soit davantage que la variation de cours contre laquelle on cherche à se protéger. Il n'est pas rare qu'une entreprise mette en place une couverture sophistiquée tout en perdant plus sur les marges de conversion.

Le premier gain disponible est donc de demander le cours de référence et la marge appliquée, puis de comparer deux établissements sur un même montant. Cette démarche prend une heure et produit un résultat immédiat.

Construire une politique, plutôt que réagir

Une politique de change tient en trois décisions écrites. Quel pourcentage de l'exposition certaine est couvert, et sur quel horizon. Quels instruments sont autorisés. Et qui décide.

Fixer une part à couvrir, par exemple les deux tiers de l'exposition certaine à six mois, évite les deux dérives symétriques : ne rien couvrir par optimisme, ou tout couvrir puis dénouer par anticipation, ce qui est une prise de position.

Ce document tient sur une page. Sa vertu principale est de retirer la décision du champ de l'humeur et de l'actualité, qui sont les pires conseillers en la matière.

Le suivi qui rend la politique utile

Un tableau mensuel suffit : exposition par devise et par échéance, part couverte, cours moyen de couverture, cours moyen constaté. L'écart entre les deux derniers mesure l'efficacité, pas la performance.

C'est une nuance importante. Une couverture n'a pas vocation à faire gagner de l'argent, mais à réduire la dispersion des résultats. Une année où la couverture a coûté est une année où elle a fonctionné, exactement comme une assurance non sinistrée.

Ce suivi permet aussi d'identifier une exposition qui grossit sans qu'on l'ait décidé, par exemple lorsqu'un fournisseur historique passe d'une facturation en euros à une facturation en devise.

Où trouver des repères fiables sur les devises

Les cours de référence quotidiens publiés par les banques centrales servent de base de comparaison pour vérifier la marge appliquée par un établissement sur une conversion. Ils ne sont pas des cours de transaction, mais ils constituent le point de repère le plus neutre disponible.

Pour les destinations sensibles, l'analyse du risque pays produite par les administrations économiques éclaire les contraintes de transfert de devises, qui sont souvent le vrai sujet. Une devise convertible sur le papier peut être soumise à des autorisations administratives qui rallongent considérablement les délais de rapatriement. Les publications de la Direction générale du Trésor recensent ces situations pays par pays.

Une exposition en devise faiblement convertible ne se couvre pas par un contrat à terme classique, dont le marché est étroit ou inexistant. Elle se traite par le contrat commercial : facturation en devise forte, ou clause d'ajustement liée à un cours de référence publié.

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